André CHASSAIGNE, Pour une terre commune

Notes de lecture

André CHASSAIGNE, Pour une terre commune, Edts Arcane 17, 2010.

Il faut avouer que le titre convient bien au propos et à son auteur que l'on sait soucieux de "sa terre". Dans le dernier chapitre, notre député explique pourquoi il a choisi ce titre. Séduit et inspiré tout d'abord par l'idée de la "Terre Mère", chère à la culture amérindienne, il trouve cette image trop limitative, trop symboliquement maternelle. La "Terre commune", dont il est question ici, est porteuse d'un héritage partagé… à transmettre aux générations futures… au fond… là, tout est dit de la pensée anticapitaliste qui lutte contre un égocentrisme destructeur inscrit dans un absolu présent. C'est pourquoi la question écologique ne peut être dissociée de la question sociale.

Personnellement, j'aime bien l'une des définitions du Robert qualifiée bizarrement de "sens abstrait" :Terre : surface sur laquelle l'homme et les animaux se tiennent et marchent… n'a-t-on pas envie d'ajouter… et pensent… et aussi… jusqu'à quand?… exclure les animaux de la pensée?… non, à moins de démontrer que certains humains sont capables de penser autant que les animaux.

Bref, cet ouvrage est bien fait pour nous inciter à penser. Il est peut-être moins destiné aux convaincus qui ont déjà pas mal approfondi la question, qu'à ceux qui, pleinement satisfaits du travail de leur député (nombreux si l'on en croit le langage des urnes), ont envie d'en savoir un peu plus sur ce qui anime avec autant de conviction celui à qui ils ont confié le devenir de leur territoire, et aussi à ceux qui ont été surpris par l'apparition sur leur écran de télévision d'un inconnu sorti de l'Auvergne la plus profonde défendant avec véhémence un petit amendement de rien du tout (pourtant capital), l'amendement 252 contre l'avancée des OGM.

L'intérêt de ce livre est qu'il est clair, simple et touche à l'essentiel. L'auteur avoue humblement que sa prise de conscience desquestions environnementales a été "progressive" (certains disent tardive… bien nombreuses sont les prises de consciences tardives dans les rangs de la Gauche)

Il nous enjoint de nous méfier du greenwashing, de ceux qui se déplacent en jet privé, ne remettent pas en cause les plus grands pollueurs de la planète et nous demandent de fermer le robinet quand on se lave les dents. Le capitalisme s'est emparé du business juteux du développement durable… marchandisation de la pollution… est oui! … marchandisation de tout, l'air, l'eau, la terre, c'est le principe même du capitalisme.

Si l'on n'est pas forcément d'accord avec ce que l'auteur dit de l'énergie nucléaire, on le remercie de parler de décroissance, on sait que certains "Verts" ont traité de "cinglés" ceux qu'on appelle les "décroissants". Et l'on se réjouit de ses conversations fructueuses avec Yves Cochet qui déclarait dans Le Monde du 16/08/2010 : La gravité et l'imminence des bouleversements incitent à penser que le temps d'une transition douce par des solutions graduelles est loin derrière nous… avant d'ajouter : … nous pouvons encore construire une décroissance prospère… magnifique l'idée d'une décroissance prospère… Oui, l'idée de décroissance n'est pas audible dans une société mue par une logique économiste du "toujours plus". Pourtant si nous voulons bien orienter autrement notre regard, des solutions existent, la production et la consommation ne doivent plus répondre à des exigences de profit, mais aux besoins des êtres humains.

À Hubert Huertas qui lui demandait ce matin (8/10/2010) sur France Culture à quoi il attribuait son succès médiatique, notre député répliquait qu'il n'était pas dû à sa personnalité mais plutôt au fait qu'il essaie de poser des questions de fond et parmi elles la question d'une politique qui transformera la société. Nous, nous espérons que son charisme grandissant aidera à la diffusion d'idées essentielles… souvent rebutantes car comme toutes les idées révolutionnaires elles réactivent nos ancestrales peurs de l'Inconnu.

Enfin, pour ceux qui connaissent André Chassaigne, c'est un plaisir de le retrouver tout entier entre les pages… avec sa haute stature, sa sincérité mâtinée de ruse bienveillante, sa finesse dissimulée sous une bonhommie toute rurale, son intérêt indéniable pour les êtres humains. On est ravi de le voir à l'œuvre dans son habit de député mais aussi quand il le quitte pour retrouver un ton plus proche des habitants de "sa terre".

"L'humain avant tout", proclame-t-il avec le Front de Gauche. Certains préféreraient "l'humain au centre de tout"… mais nous n'entrerons pas dans ce vaste débat sémantique… et sociologique… nous préférons dire avec André Chassaigne que… ce n'est pas l'homme qui tue la nature, ce sont les rapports de domination des hommes entre eux qui lui nuisent gravement.

Comment, demande encore Hubert Huertas passe-t-on des idées productivistes historiques du communisme à l'écologie, idées qui peuvent être contradictoires. André Chassaigne explique dans son livre le chemin qu'il a fait du communisme à l'écologie, il se veut un élu communiste dans les actes et donc ouvert aux idées neuves.

Et pour finir, cette phrase : Le mouvement communiste éprouve une attirance ancienne…  m'a fait remonté curieusement dans le temps et retrouver une figure oubliée, rencontrée entre les pages jaunies de quelque document de la Bibliothèque Nationale… Louis Malaquin[1] qui voulait opposer à la société basé sur la force, un communisme fondé sur l'amour. Il imaginait des échanges entre villes et campagne… Ce qui manque aux hommes pour être bons, c'est de se connaître, disait-il. Autre époque, autre façon d'envisager le communisme. Quel rapport, me direz-vous avec notre député, sinon que Malaquin est décrit par ses amis comme un homme d'action, aimé pour son audace tranquille, sa combativité, sa force de volonté.

Enfin… après cette digression, la vraie question n'est-elle pas plutôt : "Qu'est-ce qu'on fait… maintenant?" Peut-être une question que nous pourrions poser à notre député le Vendredi 15 octobre à 18h30 aux Mots bleus à Courpière. Avec d'autres du genre : Notre espoir est-il de croire à l'émergence d'une nouvelle classe politique ou bien de croire à l'efficacité révolutionnaire de ces espaces d'alternatives sociales, économiques, environnementales, démocratiques qui donnent à voir d'autres perspectives que celles du capitalisme ?

Donc… à lire absolument… bonne lecture, le débat est ouvert.

Marie Court



[1]
Dans les années 1890, il collabore le plus souvent sous le pseudonyme de Ludovic Malquin, à un très grand nombre de titres de la presse libertaire, et également aux revues littéraires La Plume et La Revue Blanche. Avocat, il défend les anarchistes. Atteint de tuberculose osseuse et ne se déplaçant, à grand peine, qu'avec des béquilles, il décède le 15 juin 1904 des suites des coups reçus de la police lors de la fermeture le 28 septembre 1903 de la Bourse du Travail de Nice, il avait 36 ans.