Naussac, mise à sec, Yoann Loubier
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Yoann Loubier a photographié le lac de Naussac lors de la vidange du barrage. La mémoire du paysage qui se souvient du village englouti et des objets délaissés et la végétation redémarre aussitôt. |
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Durant l’été 2005, la presse et les medias avaient largement évoqué la mise à sec du barrage de Naussac. En effet dans la logique d’entretien du barrage, la société des Etablissements Publics Loire qui gère l’infrastructure, prend la décision de vidanger complètement la retenue qui jusqu’alors n’était vidée que partiellement chaque été pour maintenir un débit moyen à l’Allier.
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Cet évènement qui était une première, depuis la mise en eau en 1979 m’intriguait d’autant plus que dans les années 1975-1977, mon père avait participé aux manifestations avec les paysans et les écologistes pour sauver des eaux cette vallée fertile .
Appareil photographique au poing, je me retrouvais durant deux jours de novembre au fond du lac asséché, dans la boue et les vestiges d’un passé pas si lointain.Naussac était un village paisible dans sa vallée à 900 m d’altitude au nord-est de la Lozère à la limite de la Haute Loire.
Les habitants en majorité des paysans, vivaient et jouissaient de cette terre fertile et abondante, ne se préoccupant guère du monde extérieur. C’était l’affaire de leurs élus, pensaient-ils.
Oh, on connaissait bien la rumeur des anciens sur le projet de noyer un coin de leur belle région pour couvrir les besoins des citadins des villes en aval. Au pays on avait toujours entendu parler de la mise en eau de la région.
Langogne, par exemple située à quelques km de Naussac aurait pu être engloutie dans les années 40 sous un lac de 10 000 ha et puis le dossier est tombé à l’eau, si l’on peut dire. Tous ces gens ne pensaient pas vivre le moment où ce fameux projet allait retrouver sa place au cœur des débats sur l’approvisionnement en eaux des grandes métropoles et des riches plaines de Limagne.
Malheureusement en 1975 les élus des villes en aval votèrent le choix du site de Naussac pour un futur réservoir d’eau, qui permettrait ainsi de soutenir les étiages de l’Allier et de la Loire … et garantir ainsi le refroidissement des centrales nucléaires de la Loire.
Le comité de défense de la vallée de Naussac créé quelques années auparavant rassembla les gens de la région pour contrer le projet. Durant trois ans ils luttèrent contre cette décision prise sans leur consentement. Les paysans du Larzac, les antinucléaire de Creys Maville et d’ailleurs, les mouvements écologistes vinrent prêter mains forte, mais en vain.
Naussac sera englouti.
Deux ans plus tard les premières pelleteuses attaquèrent la montagne et une foule d’ouvriers s’installa dans la vallée. Le village fut démonté pierre par pierre et reconstruit, en béton, au dessus de futur réservoir. Les habitants furent contraints de s’en aller, se contentant des compensations financières, certes minimes, mais suffisantes pour leur mode de vie inchangé depuis des lustres.Dans deux ans tout serait noyé et il ne nous resterait que quelques photographies et les témoignages des autochtones.
Ces photographies ont été réalisées en automne 2005, à deux reprises et à quinze jours d’intervalle dans la vallée de Naussac.
Trois sites sont représentés comme les hameaux de La Ponteyre et Réal ainsi que le village de Naussac.Avant de descendre au fond du lac, un sentiment de désolation domine le paysage mais la curiosité de marcher au plus profond de cette retenue l’emporte. Car la terre transpire de toutes parts et le ruissellement des pentes nous amène à des pensées angoissantes. Y a-t-il des sables mouvants ou des puits recouverts par la boue ? Qu’allons nous rencontrer derrière chaque pierre? Et nous voici partis dans ce paysage insolite, parsemé de routes, de ponts, de puits et de murailles verdoyantes.D’abord, la fin de l’été et le retrait total des eaux a permis à la verdure de réinvestir l’espace qui lui avait été volé voilà 25 ans; phénomène à la fois magnifique et inhabituel qui nous persuade de l’immense pouvoir de régénération de l’élément naturel.La terre nous rappelle qu’elle a gardé dans sa mémoire enfouie, des germes et des graines capables de renaître un quart de siècle plus tard.
Il reste aussi quelques restes de la végétation de 1975 comme des arbres morts et des buissons, accrochés tant bien que mal aux murailles encore debout.Mais les vestiges les plus présents sont bien ceux des hommes et de leur mode de vie.Ici, une voiture accidentée ; là bas un métier à ferrer ; et un peu plus loin une carcasse évoquant le souvenir d’un motard égaré.
Le village était donc bien là, avec sa route, son église, son école et ses fermes.Il y avait aussi un bistrot, une tour qui a été déplacée dans le nouveau village ainsi que le clocher, de nombreuses fontaines et bacs et des vestiges de la nouvelle architecture agricole.Quelques heures plus tard, la ballade est terminée et nous laissons derrière nous les flots remonter peu à peu.Le réservoir sera plein dans deux à trois ans. (190M de mètres cubes sur 1100 hectares).Au jour d’aujourd’hui, il a déjà atteint les 100M de mètres cubes. (chiffres mai 2006)
Texte et photographie Yoann Loubier







